»ROBERT.»
J’écrivais souvent à Robert, mais combien mes lettres étaient loin d’égaler la brûlante éloquence des siennes.
Elles ne ressemblaient en rien à celles que je lui avais adressées autrefois dans le Berry; les premières étaient ardentes, passionnées, les secondes étaient froides et décolorées.
Etait-ce une marque d’indifférence? tout le monde l’aurait cru, lui-même peut-être m’en accusait; mais le cœur des femmes est une énigme, et tout le monde se serait trompé.
Seulement mon âme était trop troublée, trop profondément malade pour se répandre au dehors.
Robert en face de sa douleur et des magnificences de la nature, les yeux fixés sur l’Océan, m’écrivait des lettres admirables de poésie et de tendresse! et moi, perdue au milieu de mille tracasseries, livrée à mille impressions qui torturaient ma vie, je me repliais sur moi-même, et je n’avais de force que pour une muette douleur.
D’ailleurs, je ne savais pas où était Robert.
Je me demandais si mes lettres pourraient jamais lui parvenir.
C’est sans doute une infirmité de ma nature, mais cette incertitude glaçait ma pensée.