Le temps, qui est le maître de tout, avait dissipé mon mal mieux que l’art des médecins.

Comme toujours aussi, ma convalescence physique avait amené une sorte de convalescence morale.

Je reprenais un peu de confiance et de courage.

Les blessures que Robert m’avait faites se cicatrisaient peu à peu.

S’il n’eût pas été si malheureux, cela eût été plus long, peut-être cela aurait-il duré toute ma vie, mais il devait tant souffrir que, lorsqu’une des mauvaises pensées qui m’avaient rendue pendant deux ans complice de sa ruine venait traverser mon esprit, je la chassais, et malgré moi, je sentais revenir pour lui une tendresse que la vengeance avait mal étouffée.

Les femmes qui, comme moi, ont violé les lois de la pudeur, sont forcées de rougir de leurs pensées comme de leurs actions.

L’image de Robert n’était pas la seule qui vînt s’offrir à mon esprit.

J’avais écrit plusieurs lettres à Richard, et ces lettres étaient restées sans réponses.

J’étais bien sûre pourtant qu’il ne m’oubliait pas; mais il était dans la nature de cette âme douce et tendre de se nourrir de sa mélancolie dans la solitude.

Pendant son voyage en Californie, il était resté deux ans sans m’écrire.