Je n’avais pas le droit d’imposer mon souvenir à cette âme souffrante.
Il vivait dans mon cœur, tombe bien indigne de lui. Pauvre Richard!
Si je ne lui ai pas donné tout l’amour qu’il méritait, s’il doit désormais rester étranger à ma vie, je lui garderai une grande place dans ma reconnaissance.
Je n’ai jamais souffert par lui.
J’ai souvent maudit l’amour que j’avais pour Robert, amour qui nous perdait tous deux, car, à force de me faire souffrir des inégalités de son caractère, il avait tué, étouffé ma passion, ma confiance, mon cœur s’était flétri, endurci, à force d’humiliations; me croyant sans cesse attaquée, j’étais toujours en révolte.
J’aimais Richard comme un frère, j’aurais voulu pouvoir lui rendre service au prix de mon sang.
Enfin, son souvenir était le parfum de ma vie, comme la nuit passée chez Robert avec une rivale en avait été l’enfer.
Il continuait de s’opérer en moi une grande transformation, mais rien n’était plus variable que mon humeur.
Parfois il me prenait des envies d’aller vivre dans un coin, seule, comme une bête sauvage.
Pauvre folle! n’avais-je pas ma chaîne à porter?