Elles étaient trop jolies, disait-on, pour émaner de mon cerveau; on me les avait dictées, faites, que sais-je?

J’éprouvai de la peine à me voir discuter jusqu’à mes pensées; mais au lieu d’affaiblir mon courage, cela me rendit plus ardente, plus réfléchie.

Je commençai à comprendre que la vie laborieuse vous aidait à tout supporter; les tourments même deviennent un intérêt de tous les instants.

Je ne dormais plus, je mangeais à peine, mais j’avais un but: prouver que ce je possédais était à moi, que Robert avait pu être léger, mais qu’il était incapable d’une fourberie, d’avoir eu même la pensée des odieux calculs dont on l’accusait, et enfin défendre une petite fortune qui devait assurer mon avenir et me donner les moyens d’élever honorablement l’enfant que Dieu semblait m’avoir envoyé.

J’ai dit que, dans toutes les phases heureuses ou malheureuses de mon existence, j’avais l’habitude d’écrire mes impressions.

Un ami m’avait engagé à reprendre toute ma vie passée, à faire une confession qui pourrait éclairer mes juges.

J’écrivis donc ma vie entière, espérant rendre ma défense plus facile.

Quelques années plus tôt, je n’aurais pas compris ce que l’on me demandait; quelques années plus tard, il n’aurait plus été temps.

Mais au moment de cette fermentation de mon esprit, je mesurai du regard les difficultés sans pâlir.

Etudier le jour, écrire la nuit, rien ne m’arrêtait.