Je me mis à rire. Il reprit:
—Je m’entends, il y a amour et amour. Quelquefois on se moque de moi au quartier, mais je leur réponds que je ne suis pas le seul. On ne dit plus rien, parce qu’on sait bien que je n’entends pas la plaisanterie sur votre compte. Et vous, êtes-vous heureuse, Céleste?
—Oui, mon ami, très-heureuse de vous voir.
—Vrai, me dit-il, en m’embrassant les mains, eh bien, tant mieux! Je n’osais pas venir, car je sais que vous êtes actrice, que vous avez une cour nombreuse, que vous avez des voitures, des chevaux. A propos, je voudrais bien vous voir jouer. Ah! vous ne savez pas, ce pauvre Médème est mort, il a été tué en duel. Tout le monde a cru que c’était moi.
—C’est pour cela qu’on était venu me le dire. Pauvre garçon, il était si doux.
—Ah! bah! il ne faut pas y penser. Cela peut arriver à tout le monde; il vaut mieux finir comme cela qu’entre les mains des médecins. Mais il se fait tard, et je dîne en ville, il faut que je vous quitte. Au revoir, ma bonne Céleste, nous dînerons ensemble un de ces jours; je vous présenterai de mes amis, de bons enfants. Ils vous connaissent, j’ai assez parlé de vous là-bas. Adieu, à bientôt!
Je le regardai partir. Je ne puis vous dire le plaisir que j’éprouvais à lui voir l’air si heureux.
Je ressentis une véritable joie, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps.
J’avais aussi l’espérance qu’on avait envoyé quelques secours à mon pauvre Robert; mes illusions à ce sujet ne devaient pas être de longue durée.
Au moment où Deligny sortait, on me remit un paquet de lettres venant d’Australie.