Les figures et les accoutrements de ces individus étaient des plus extraordinaires; jamais Schiller n’a rêvé pour ses brigands des visages plus basanés, des barbes et des cheveux plus touffus et plus incultes.
Jamais le crayon du fantaisiste Callot n’a trouvé des haillons plus souillés, des chaussures plus sordides.
Chaque individu était un arsenal complet: pistolets, revolvers, couteaux, poignards, rien ne manquait à leurs ceintures; ainsi affublés, ils auraient été les types les plus grotesques sur un théâtre du boulevard; dans une forêt d’Australie, ils étaient effrayants.
C’étaient pourtant d’inoffensifs diggers (mineurs) digérant un maigre souper après une journée de travail.
La conversation était bruyante, les gestes vifs et saccadés.
Je crus un moment qu’ils se disputaient plutôt qu’ils ne discutaient.
Un de ces hommes était étendu sur l’herbe, la tête appuyée sur le tronc d’un arbre, il paraissait souffrir beaucoup.
Ses camarades l’appelèrent Meurice en lui offrant à boire.
Meurice était plus distingué que les autres; mais la maladie avait dû faire des ravages considérables sur lui; il était plus pâle que la lune, ses joues étaient creuses, son œil presque éteint.
Il semblait ne prendre aucune part à la conversation de ses camarades.