—Paul, dit-il à l’un d’eux, j’ai soif.
Paul jeta sur lui un regard plein d’intérêt et de pitié; il lui passa une tasse en fer-blanc remplie d’un mélange de thé et d’eau-de-vie bien chaud, qu’il avala d’un trait.
—Veux-tu un grog, Cartahu? demanda Paul à un gros garçon qui regardait le petit morceau d’or empilé dans sa bourse de cuir.
La journée avait été fructueuse; le contentement était dans les yeux de Cartahu.
La figure de Paul était froide et contrastait avec celles de ses compagnons.
Ses cheveux et sa barbe étaient gris, des rides profondes sillonnaient son front; vieilli avant l’âge, on voyait qu’il cherchait plutôt l’oubli que l’ivresse.
Une bouteille d’eau-de-vie circulait de main en main et de bouche en bouche.
Nos trois autres compagnons allaient remplir la bouteille chaque fois qu’elle était vide à un baril placé sur une petite hauteur à cinquante pas environ.
L’ivresse commençait chez tous; Paul lui-même buvait par larges gorgées.
—Allons, disait-il chaque fois en buvant: cherchons, non pas comme eux, l’oubli, mais la goutte de poison qui donne le repos éternel. Allons, camarades, buvons encore un coup, aux amis absents, à nos souvenirs, à notre douleur, à nos espérances.