Elle me rappelle un propos d'une sentinelle, tenu quelques années après, dans un moment où la Cour impériale était encombrée de souverains. Le fonctionnaire, s'adressant à un cocher de remise arrêté dans la cour des Tuileries, lui cria:

«Holà, ôte-toi! Si ton maître n'est pas roi, tu ne peux pas stationner là.»

L'Empereur n'avait pas répugnance à cette histoire, car, parmi ces rois qu'on traitait ainsi, il y en avait de vrais.

J'ai souvent vu l'empereur Napoléon au spectacle et passer en voiture, mais seulement deux fois dans un appartement.

La ville de Paris donna un bal à l'occasion du mariage de la princesse de Bade. L'Empereur voulut le rendre, et des billets pour un bal aux Tuileries furent adressés à beaucoup de personnes non présentées. Nous fûmes quelques jeunes femmes à en recevoir sans avoir assisté à celui de l'Hôtel de Ville. Conseil tenu, nous convînmes devoir nous y rendre.

On dansait dans la galerie de Diane et dans la salle des Maréchaux. Le public y était parqué suivant la couleur des billets; le mien me fixa dans la galerie de Diane. On ne circulait pas; la Cour se transporta successivement d'une pièce dans l'autre. L'Impératrice, les princesses, leurs dames, leurs chambellans, tout cela très paré, entra à la suite de l'Empereur et vint se placer sur une estrade préparée d'avance. Après avoir regardé danser une espèce de ballet, l'Empereur en descendit seul et fit la tournée de la salle, s'adressant exclusivement aux femmes. Il portait son costume impérial (auquel il a promptement renoncé), la veste, la culotte en satin blanc, les souliers blancs à rosettes d'or, un habit de velours rouge fait droit à la François Ier et brodé en or sur toutes les coutures, le glaive, éclatant de diamants, par-dessus l'habit; des ordres, des plaques, aussi en diamants, et une toque avec des plumes tout autour relevée par une ganse de diamants. Ce costume pouvait être beau dessiné, mais, pour lui qui était petit, gros et emprunté dans ses mouvements, il était disgracieux. Peut-être y avait-il prévention; l'Empereur me parut affreux, il avait l'air du roi de carreau.

Je me trouvais placée entre deux femmes que je ne connaissais pas. Il demanda son nom à la première, elle lui répondit qu'elle était la fille à Foacier.

«Ah!» fit-il, et il passa.

Selon son usage, il me demanda aussi mon nom; je le lui dis:

«Vous habitez à Beauregard?