Mon père était tellement blessé de cette folie qu'il n'avait pas voulu solliciter pour son fils. Ma mère n'entra pas dans cette idée gouvernementale. Mon frère fut enchanté d'obtenir un grade et moi de le lui voir.

La répugnance de Madame à parler de ses parents me rappelle une circonstance assez bizarre. La comtesse de Châtenay avait été souvent menée par sa mère, la comtesse de La Guiche, chez Madame, lorsque toutes deux étaient encore enfants. Madame s'en souvint et la traita avec une familière bonté; elle la reçut plusieurs fois en particulier. Un matin elle lui dit:

«Votre père est mort jeune?

«—Oui, Madame.

«—Où l'avez-vous perdu?»

Madame de Châtenay hésita un moment puis reprit:

«Hélas! Madame, il a péri sur l'échafaud pendant la Terreur.»

Madame fit un mouvement en arrière, comme si elle avait marché sur un aspic; un instant après, elle congédia madame de Châtenay; et, à dater de ce jour, non seulement elle ne lui a pas conservé ses anciennes bontés mais elle la traitait plus mal que personne et évitait de lui parler toutes les fois que cela était possible. Je ne cherche pas à expliquer le sentiment qui lui dictait cette conduite, car je ne le devine pas; je me borne à être fidèle narrateur.

CHAPITRE VIII

Madame la duchesse douairière d'Orléans. — Monsieur de Follemont. — Monsieur le duc d'Orléans. — Mademoiselle. — Madame la duchesse d'Orléans. — Scène à Hartwell. — Monsieur le duc d'Orléans refuse une place à mon frère. — Monsieur de Talleyrand part pour le congrès de Vienne. — Madame de Talleyrand. — La princesse de Carignan. — Les deux princes de Carignan.