Je ne puis m'empêcher de raconter la mort de madame de Rothe. Elle était au dernier degré d'une longue et douloureuse maladie dont une complète dissolution du sang était la suite. Elle avait toujours caché ses souffrances à l'archevêque pour ne pas l'inquiéter, et constamment fait les honneurs de son salon pour qu'il ne ressentît aucun changement autour de lui, aucun ennui. Le dernier jour de sa vie, elle dit à mon père de venir dîner avec eux. Leurs commensaux ordinaires, des évêques, devaient aller à Wanstead chez monsieur le prince de Condé, et elle n'avait pas la force de parler longtemps assez haut pour être entendue par l'archevêque, devenu très sourd. On servit des huîtres; elle les aimait. L'archevêque insista pour qu'elle en mangeât; elle eut la complaisance d'en essayer une, puis elle dit à mi-voix à mon père qu'elle tutoyait:
«D'Osmond, empêche-le de beaucoup manger. Je crains que son dîner ne soit troublé.»
Ensuite elle remit la conversation sur les sujets qui pouvaient intéresser l'archevêque, disant un mot de temps en temps. Au dessert, l'archevêque avait l'habitude de passer un instant dans sa chambre. Dès qu'il y fut entré:
«Ah! s'écria-t-elle, j'attendais ce moment. D'Osmond, ferme la porte sur lui, tourne la clef, sonne.
«Un domestique vint:
«Il faut que Guillaume aille chez monsieur l'archevêque, et l'occupe de façon à l'empêcher de rentrer ici.»
Tout ceci fut dit avec beaucoup de vivacité; reprenant plus bas et s'adressant à mon père:
«À son âge, les émotions ne valent rien, et cela va finir.
«—Ne faudrait-il pas envoyer chercher votre médecin?
«—Mon ami, le médecin est bien inutile; mais envoie vite chercher un prêtre, c'est plus convenable pour monsieur l'archevêque.»