«Monsieur Dillon, je vous demanderai de ces petits pots, à quoi sont-ils?»
Édouard, qui causait avec sa voisine, répondit sèchement:
«À l'avoine.
—Je vous renverrai de la paille», reprit l'autre qui ignorait que les petits pots à l'avoine étaient un mets à la mode.
Édouard n'interrompit pas sa causerie; mais, après le souper, le rendez-vous fut pris pour le lendemain assez tard, parce qu'il ne se dérangeait pas volontiers le matin. L'antagoniste arriva chez lui à l'heure indiquée. Sa toilette n'était pas finie; il lui en fit des excuses, l'acheva avec tout le soin et les petites recherches imaginables. Tout en y travaillant, il lui dit:
«Monsieur, si vous n'avez pas affaire d'un autre côté, je préférerais que nous allassions au bois de Vincennes. Je dîne à Saint-Maur, et je vois que je n'aurai guère que le temps d'arriver.
—Comment, monsieur, vous comptez...
—Indubitablement, monsieur, je compte dîner à Saint-Maur après vous avoir tué, je l'ai promis hier à madame de...»
Cet aplomb de fatuité imposa peut-être au pauvre homme, tant il y a qu'il reçut un bon coup d'épée et que mon oncle alla dîner à Saint-Maur où l'on n'apprit que le lendemain, et par d'autres, le duel et le colloque. On ne peut se dissimuler que ce genre d'impertinence n'ait assez de grâce.
À l'époque dont je parle, 1803, Édouard avait dépouillé depuis longtemps toutes les prétentions du jeune homme et il était devenu tout à fait naturel et bon garçon. Une anglaise lui ayant demandé ce qu'était devenu le beau Dillon, il répondit avec un sérieux extrême: