Monsieur avait dit au duc de Wellington, et malheureusement assez haut pour que cela fût entendu et répété:
«Si vous vous en allez, je veux m'en aller aussi.
—Oh! que non, Monseigneur, avait répondu le duc; vous y penserez mieux.»
Quelques semaines plus tard, un petit écrit professant la convenance de prolonger l'occupation, loin de chercher à l'abréger, fut distribué à profusion; il était anonyme, mais l'enveloppe portait pour timbre: Chambre de Monsieur.
On l'attribua à monsieur de Bruges. C'était le précurseur de la fameuse Note secrète. Toutes ces petites circonstances fondaient l'immense impopularité sous laquelle Charles X a succombé en trois jours, quelques années après.
Ces intrigues agissaient même sur les personnes qui n'y prenaient aucune part. Il régnait une inquiétude générale qui ne paraissait pas justifiée par la situation où nous nous trouvions. Dès en arrivant, j'avais eu les oreilles rabattues par l'annonce de la grande conspiration. Je demandais qui en faisait partie, on me répondait:
«Je n'en sais rien», mais on ajoutait avec un air capable: «Tenez pour sûr que nous marchons sur un volcan, et certes ce n'est pas monsieur Decazes qui nous sauvera!»
Il était, de plus en plus, en butte à la haine du parti de la Cour.
À force d'entendre répéter ces paroles, je finissais par être ébranlée à mon tour, lorsqu'une circonstance puérile me rétablit dans mon assiette en me montrant sur quels fondements fragiles on échafaudait les nouvelles. J'assistais à ténèbres à la chapelle des Tuileries; on frappe un coup léger à la porte de la tribune royale. Une fois; pas de réponse; Madame jette un coup d'œil irrité derrière elle. Une seconde; pas encore de réponse. Une troisième; le Roi ordonne d'ouvrir. On lui remet un billet, il le lit, fait signe au major général de la garde royale, lui dit quelques mots tout bas. Celui-ci sort et ténèbres s'achèvent au milieu de l'agitation de la Congrégation.
Plus de doute, la grande conspiration a éclaté. Des courtisans trouvent moyen de sortir de la chapelle pour aller en répandre la nouvelle, même à la Bourse, assure-t-on. Rendu dans ses appartements, le Roi annonce que la salle de l'Odéon a pris feu et que le ministre de la police demande des troupes pour maintenir l'ordre. Aussitôt les dévots de se récrier sur le scandale de troubler le service divin pour un théâtre qui brûle et les courtisans de s'indigner qu'on vienne déranger le Roi pour si mince affaire.