«Comment trouvez-vous monsieur Decazes? Il fait passer ses ordres par le Roi à présent! C'est une nouvelle méthode assurément!»
Le soir, il était répandu dans la ville que l'incendie de l'Odéon était le commencement d'exécution d'une grande conspiration; et, à la Cour, où on était un peu mieux informé quoique beaucoup plus bête, il n'était question que de l'insolence de ces coups répétés frappés à la porte de la tribune royale. Il semblait qu'on l'eût abattue à coups de hache. C'était aux Tuileries un bien plus grand événement que la destruction d'un des beaux monuments de la capitale.
Cette scène de la chapelle me rafraîchit la mémoire d'un incident dont je fus témoin à Saint-Sulpice, ce même carême, un jour où l'abbé Frayssinous y prêchait. Les sermons étaient fort courus et, le ministre de la police ayant annoncé le projet d'y assister, le banc de l'œuvre lui fut réservé.
Un équipage avec plusieurs valets en grande livrée s'arrêta au portail. Un homme en uniforme en sortit, c'était évidemment le ministre. Le suisse arriva en toute hâte, hallebarde en main, ouvrant la route à Monseigneur. Le bedeau suivait; il s'adressa à Alexandre de Boisgelin (passablement gobeur de son métier) pour lui demander s'il était de la suite de Son Excellence.
«De quelle Excellence?
—Du ministre de la police.
—Où est-il?
—Là, le suisse précède.
—Mais ce n'est pas le comte Decazes, c'est le duc de Rohan.»
Aussitôt voilà le bedeau au petit galop courant après le suisse pour le ramener à son poste du portail, et le duc de Rohan, dépouillé de ses honneurs usurpés, laissé tout seul au milieu de l'église, obligé d'établir son habit de pair sur une simple chaise de paille, à nos côtés, comme le plus humble d'entre nous. Les rieurs furent contre monsieur de Rohan, en dépit des préjugés aristocratiques qui lui auraient volontiers donné précédence sur monsieur Decazes. Ses ridicules étaient trop flagrants.