Elle passa des bras du Roi et de la Reine dans ceux des princesses ses sœurs, et, après les politesses faites à la grande-duchesse dont la tendresse maternelle ne se plaignait pas d'avoir été oubliée un instant, on entra dans le palais.
Cette entrevue en plein air et au milieu d'un concours immense de spectateurs de toutes les classes fit un très grand effet. Tout le monde s'identifia aux sentiments de la royale famille. Beaucoup de larmes d'attendrissement furent versées, et, le lendemain encore, on ne racontait pas cette scène sans émotion.
Les princesses se rendirent dans leur appartement. Bientôt après elles reparurent pour le dîner; il était neuf heures du soir. Dans l'attente momentanée de l'arrivée des voyageurs, on était réuni depuis quatre heures dans la galerie de François Ier et chacun tombait d'inanition.
En sortant de table, les personnes les plus importantes furent nommées à la princesse Hélène. Elle trouva assez de sang-froid pour leur adresser des paroles fort obligeantes qui la montraient singulièrement au courant de sa nouvelle patrie. Bientôt après, elle se retira.
Le lendemain matin, les deux princesses étrangères déjeunèrent chez elles, reçurent et rendirent des visites à la famille royale, y compris le roi et la reine des Belges, mais ne vinrent pas au salon.
La famille royale, ayant dîné en son particulier, reparut à huit heures. Le Roi conduisait la princesse Hélène, monsieur le duc d'Orléans la grande-duchesse, la Reine donnait le bras au roi des Belges. Les autres princes et princesses suivaient selon leur rang.
Ils se rendirent, ainsi que toutes les personnes invitées, à la magnifique galerie de Henri II. Monsieur le baron Pasquier (qui venait d'être nommé chancelier), fonctionnant comme officier civil, unit le royal couple selon la loi de l'État.
On descendit ensuite à l'étage inférieur où, dans la galerie dite de Louis-Philippe, s'accomplit la cérémonie protestante. Puis enfin on gagna la chapelle. Le mariage y fut célébré avec très peu de pompe ecclésiastique et encore moins de prières, les mariages mixtes n'en admettant pas davantage.
On s'apercevait, m'a-t-on assuré, que la Reine en souffrait. On convenait de toutes parts que la cérémonie civile avait été la plus digne, la plus solennelle et même si j'osais m'exprimer ainsi, la plus religieuse, puisqu'elle était la plus recueillie.
Bientôt après ces nombreuses épreuves qu'elle soutint merveilleusement, la princesse fut ramenée dans son intérieur; mais ce ne fut pas sans trouver le secret de semer sur sa route, en traversant la foule, des paroles obligeantes qui prouvaient que les présentations de la veille n'étaient pas oubliées et des sourires gracieux recueillis avec empressement.