Hormis les deux jeunes époux, toute la famille royale assista comme de coutume au déjeuner.
Le Roi avait déjà fait visite à ses enfants. Il avait rappelé à monsieur le duc d'Orléans la messe d'action de grâces qui se devait dire à midi à l'occasion du mariage.
Madame la duchesse d'Orléans témoigna le désir d'y assister et pria le Roi de solliciter de la Reine la permission de l'y accompagner: elle aussi avait besoin de remercier Dieu de son bonheur.
En conséquence, on fut un peu étonné de la voir arriver dans la tribune, à côté de la Reine sa belle-mère; elle y eut le maintien le plus parfait. Le bruit se répandit qu'elle était devenue catholique; et je me persuade que, si sa nouvelle famille avait osé le demander aussi vivement qu'une partie d'entre elle le désirait, cela n'aurait pas été très difficile à obtenir.
Mais le Roi, et surtout monsieur le duc d'Orléans, auraient trouvé une aussi prompte abjuration impolitique.
Je ne sais si, dans cette occurrence, ils jugeaient sainement. L'immense majorité des français est catholique; la perspective d'une reine protestante n'est agréable à aucun et contriste beaucoup de cœurs sincères; mais, depuis la révolution de 1830, on a constamment cru devoir sacrifier le sentiment des masses honnêtes aux jappements d'une troupe d'aboyeurs des carrefours ou des journaux.
Ces concessions cependant n'ont pas réussi à les rendre moins hostiles. Ils ne peuvent cesser de l'être, car toute leur force factice est puisée dans leurs déclamations.
Quoi qu'il en soit, l'apparition de madame la duchesse d'Orléans à la chapelle fit sensation et causa beaucoup de satisfaction. Aussitôt après le service divin, elle rentra dans ses appartements intérieurs.
Voilà ce qu'on me raconta lorsque j'arrivai le même jour à Fontainebleau, ayant croisé sur la route les personnes invitées de l'avant-veille pour assister aux cérémonies et qui se composaient principalement des témoins, des bureaux des deux chambres législatives appelées à représenter leurs collègues, de ce qu'il y avait à Paris de ministres présents ou passés, enfin de tous les personnages officiels qui cédaient la place à une seconde fournée où j'étais comprise.
Hormis le baron de Werther qui, comme représentant le roi de Prusse, avait assisté à la cérémonie du mariage dont ce souverain avait été le promoteur, tous les autres membres du corps diplomatique se trouvaient partagés entre la seconde et la troisième fournée. Les logements, quelque nombreux qu'ils soient à Fontainebleau, nécessitaient cette division.