Après de pareilles réponses, il fallait battre en retraite; mais, lorsque madame de Dino n'est pas entraînée par les passions auxquelles elle sacrifie tout, elle est aussi habile que persévérante; et elle se promettait bien de revenir à la charge dans des moments plus opportuns.
L'humeur que monsieur de Talleyrand avait rapportée de chez lord Palmerston fut soigneusement entretenue par elle. Plusieurs circonstances militaient à lui faire désirer de quitter Londres. Je me plais à citer d'abord la plus honorable.
Elle craignait que l'irritation que monsieur de Talleyrand rencontrerait dorénavant dans les affaires, jointe à l'affaiblissement inévitable des facultés à son âge, ne le fit se fourvoyer et s'amoindrir.
Le climat de l'Angleterre était déclaré pernicieux à une personne dont la société lui était agréable et chère.
Elle s'était jetée dans des relations ultra-tories, et malgré ses prévisions, le ministère whig restait au pouvoir, circonstance, pour le dire en passant, qui expliquait la désobligeance de lord Palmerston.
Elle ne se trouvait pas assez riche pour fixer son avenir en Angleterre, et il lui convenait d'utiliser les dernières années de monsieur de Talleyrand à se fonder en France une situation indépendante, mais sur laquelle pût rejaillir une partie du lustre de la grande existence européenne de monsieur de Talleyrand. Peut-être aussi, commençait-elle à s'ennuyer à Londres. Cependant, je ne le crois pas. L'état d'ambassadrice lui convient parfaitement. Avec prodigieusement d'esprit, on pourrait aller jusqu'à dire de talent, si cette expression s'appliquait à une femme, madame de Dino s'accommode merveilleusement de la vie de représentation.
Lorsque, après avoir mis beaucoup de diamants, elle s'est assise, une ou deux heures, sur une première banquette, dans un lieu brillant de bougies, avec quelques altesses au même rang, elle trouve sa soirée très bien employée.
À la vérité, je crois qu'elle pousse le goût des affaires jusqu'à l'intrigue dans le reste de la journée; mais ce qu'on appelle la conversation, l'échange des idées sans un but intéressé et direct, ne l'amuse pas. Elle devrait pourtant y obtenir des succès; monsieur de Talleyrand lui en donnait l'exemple.
Quoi qu'il en soit, le prince demanda un congé et, après un court séjour à Paris, se rendit à Valençay, où il réunit beaucoup de monde, avec l'intention manifeste de montrer qu'il n'avait rien perdu de la force et de l'agrément de son esprit.
La retraite du duc de Broglie et la nomination de l'amiral de Rigny au ministère des affaires étrangères inspira au prince de Talleyrand le désir d'être envoyé à Vienne. Il caressait l'idée de reprendre ce traité de triple alliance de la France, l'Angleterre et l'Autriche, préparé en 1815 et dont la révélation lui avait coûté les bonnes grâces de l'empereur Alexandre.