Quoique la fin de sa grossesse fût pénible, elle accoucha très heureusement, le 30 juillet 1838, d'un enfant si énorme qu'on attribua ses souffrances précédentes à cette cause, et, pendant quelques semaines, son état ne donna nulle inquiétude; mais, loin de se rétablir, elle s'affaiblissait de plus en plus et son dépérissement augmentait.
Le Roi fut le premier à s'en alarmer; il exigea une consultation. La princesse y répugnait. Quelques mois de séjour dans l'air pur de l'Allemagne suffiraient, assurait-elle, à son rétablissement. Toutefois les craintes du Roi furent confirmées par la Faculté, et le docteur Chomel prévint monsieur le duc d'Orléans du danger imminent de sa sœur.
Le reste de la famille conserva quelque sécurité. On manda un médecin de Bruxelles. Il encouragea les espérances, en ordonnant néanmoins, comme ses confrères français, l'air doux du Midi.
On arracha à grand'peine le consentement de la princesse Marie. Elle voulait absolument passer l'hiver dans son château de Fantaisie qu'elle n'avait pas encore vu. Les sollicitations de sa famille l'emportèrent enfin.
Le duc Alexandre s'y joignit, plus par déférence que par conviction, car sa femme lui disait qu'elle n'était pas malade. Il la croyait en cela, comme en toutes choses, et l'idée de la contrarier lui était très pénible.
On désirait qu'elle fixât son séjour dans une ville du midi de la France. La Reine l'en supplia, en lui disant qu'elle irait lui faire une visite dans le cours de l'hiver, sans pouvoir l'obtenir. Madame Adélaïde s'offrit à l'accompagner partout où elle voudrait aller et fut également repoussée avec pétulance. Son caractère était complètement changé.
Cette personne, si maîtresse d'elle-même, était devenue irritable à l'excès, et son antipathie pour tout ce qui n'était pas allemand était portée jusqu'à la manie.
Elle fit appeler un médecin de Cobourg pour la soigner. Il se trompa sur son état et avança peut-être sa mort de quelques semaines; mais elle était trop profondément atteinte pour que rien la pût sauver, et les paroles de sécurité, sur l'efficacité du traitement que l'allemand comptait faire suivre à la princesse pendant le voyage eurent l'avantage de rendre la séparation moins déchirante pour sa famille.
Une fois qu'elle eut consenti à se rendre en Italie, la duchesse de Wurtemberg témoigna un si vif empressement de partir que, l'arrivée de la reine des Belges ayant retardé son voyage de quarante-huit heures, elle ne put lui cacher la contrariété qu'elle en éprouvait et reçut presque froidement cette chère moitié d'elle-même.
Tous les siens l'accompagnèrent jusqu'à Fontainebleau. Elle en prit congé amicalement, mais très calmement, leur donnant rendez-vous pour l'automne suivant dans ce même palais de Fontainebleau. Toutefois, en embrassant la reine des Belges, elle lui dit très bas: «Louise, ne m'oublie jamais.»