Ce fut la seule circonstance qui pût donner lieu de croire que son air enjoué était feint.
Le Roi, en remontant le perron après l'avoir mise en voiture, ne put retenir ses larmes. La Reine alla cacher son trouble au pied de la croix, son refuge ordinaire, mais elle conservait plus d'espérance que le Roi.
Le voyage s'accomplit assez heureusement. Le médecin allemand envoyait chaque jour un bulletin scientifique où on ne comprenait pas grand'chose. Le prince, suivant en cela la volonté de sa femme, mandait qu'elle allait mieux; elle-même le confirmait par quelques lignes.
Enfin une longue lettre de sa propre main, écrite d'une des villes de la rivière de Gênes, sous l'influence du beau ciel, de la belle mer, des beaux sites, dont l'aspect avait réveillé ses impressions d'artiste, porta la joie dans les Tuileries.
Mais, à peine arrivée à Gênes, le temps se gâta, et ce besoin de locomotion, triste et dernier symptôme des maladies de poitrine, se fit de nouveau sentir. Après avoir changé trois fois de palais et sept fois de chambre en dix jours, la princesse voulut absolument partir.
Monsieur de Rumigny, ambassadeur de France à Turin, fort dévoué à la famille royale et qui s'était rendu à Gênes, manda au ministre des affaires étrangères qu'après avoir bien pesé toutes les considérations, la contrariété de rester à Gênes paraissait faire tant de mal à la princesse qu'on se décidait à la laisser partir, quoique le médecin eût peu d'espoir de la voir arriver jusqu'à Pise. Il annonçait prendre sur lui de quitter son poste pour l'accompagner, tant il croyait le cas urgent.
Le comte Molé reçut du Roi la triste mission de communiquer cette dépêche à la Reine. Elle tomba au milieu de la famille comme une bombe. Jusque-là, on n'était inquiet que pour un avenir qu'on croyait encore fort éloigné.
La Reine sacrifia son désir d'aller trouver sa fille. Elle sentait les difficultés qui s'opposaient à ce qu'elle traversât toute l'Italie. Monsieur le duc de Nemours partit seul, espérant à peine retrouver sa sœur; mais, contrairement à toutes les prévisions, le voyage lui avait été salutaire et, deux jours après son arrivée à Pise, elle écrivit plusieurs longues lettres. Dans celle à la Reine, elle disait qu'elle se sentait renaître sous ce ciel si pur et si doux.
Elle écrivait à Olivia de Chabot des instructions sur des étrennes qu'elle destinait à quelques pensionnaires de sa charité. Elle chargeait enfin monsieur le duc d'Orléans de lui envoyer des albums, des crayons, des pinceaux et un tabouret pour dessiner d'après nature, ainsi que le temps semblait bientôt devoir le permettre.
Ces lettres ramenèrent la sécurité. On crut à une crise terminée favorablement et précédant une guérison.