Monsieur Genoude assurément ne doutait en aucune façon de l'authenticité de la pièce publiée. Pourquoi donc ce langage? Se méfiait-il de l'auditoire et mentait-il sciemment, ou bien croyait-il la position du parti carliste assez bonne pour se pouvoir passer de la misère et de la guerre étrangère comme auxiliaires? Il est aussi rempli d'illusions que de mensonges, et l'on peut supposer l'un et l'autre.
En tout cas, il ne refusait pas l'assistance de la peste, car il faisait partie du comité qui sollicitait madame la duchesse de Berry de hâter son arrivée pour en profiter.
Les projets de cette princesse n'étaient un secret pour personne, non plus que le scandale de sa vie en Italie.
Il était si patent qu'il autorisait le vicomte de La Rochefoucauld à me dire, quelques mois plus tard, combien il regrettait de s'être refusé à se rendre auprès d'elle à Massa comme on l'en sollicitait: il aurait certainement empêché sa malencontreuse tentative.
«Pensez-vous avoir pu réussir à l'arrêter?
—Sans aucun doute, je n'aurais consenti à être son amant qu'à cette condition.»
Je sais les ridicules de monsieur de La Rochefoucauld, et ce dialogue en est une nouvelle preuve; mais, pour oser parler ainsi d'une princesse, de la mère de celui qu'on salue du nom de son Roi, il faut qu'elle y ait terriblement donné lieu.
J'ignore si monsieur de Chateaubriand était dans la confidence de l'entreprise de madame la duchesse de Berry, mais, se soumettant en apparence aux frayeurs inspirées à madame de Chateaubriand par le choléra, il l'accompagna à Genève.
On le disait nommé gouverneur de monsieur le duc de Bordeaux et se rendant à Édimbourg. Je lui demandai si ce bruit avait quelque vérité: «Moi! s'écria-t-il avec un accent de dédain inimitable, moi! et qu'irais-je faire, bon Dieu, entre cette mangeuse de reliques d'Édimbourg et cette danseuse de corde d'Italie?»
Je me sentis assez froissée de cette façon de parler pour en prendre congé de monsieur de Chateaubriand plus froidement. Je dirai dans quelles circonstances je l'ai revu et pourquoi je rappelle ce propos.