Le gouvernement redoutait fort l'embarras que lui causerait la présence de madame la duchesse de Berry en France, par la difficulté surtout de la traiter d'une manière exceptionnelle, avec les idées d'égalité révolutionnaire qui dominaient encore à cette époque.

Aussi surveillait-on les côtes de Provence avec grand soin. Le nom de la princesse avait été prononcé pendant l'échauffourée de Marseille; mais on ne croyait pas à sa présence, lorsque le télégraphe l'annonça captive à bord du Carlo Alberto, arrêté dans la rade de la Ciotat.

La joie fut grande de ce que, n'ayant pas touché le territoire français, elle ne se trouvait soumise à aucune loi, et la résolution prise sur-le-champ de la renvoyer directement à Édimbourg à bord d'une frégate. L'ordre fut immédiatement transmis de conduire le Carlo Alberto dans les eaux de la Corse, tandis qu'on préparait la frégate. La Reine eut grande part à cette décision, et je l'en vis bien satisfaite.

Aussitôt l'arrivée de l'estafette, l'amiral de Rigny, alors ministre de la marine, apporta chez moi la dépêche qui rendait compte de la capture, accompagnée de quelques pièces à l'appui, et nous en fit lecture.

Après les avoir écoutées, je le priai de me les donner à lire une seconde fois, et, en les lui rendant, je lui dis:

«Ce n'est pas la duchesse de Berry.

—Comment! s'écria-t-il, et d'où vous vient cette idée?»

Je ne voulus pas m'expliquer, mais je persistai dans mon assertion de façon à faire suffisamment d'impression sur monsieur de Rigny pour élever quelques doutes dans son esprit et le décider, à constater l'identité de la princesse avant de l'embarquer sur la frégate.

Monsieur d'Houdetot, alors en Corse, eut l'ordre de se rendre auprès d'elle et dévoila l'erreur.

Mon petit cercle fit, dans le temps, grand honneur à ma perspicacité de l'avoir devinée. Voici tout simplement mes motifs. D'abord, malgré le peu d'égards de madame la duchesse de Berry pour les convenances, il me paraissait impossible qu'elle fût à bord, dans son propre caractère, absolument seule de femme. Je l'aurais plus volontiers soupçonnée cachée sous les vêtements d'un mousse.