Je pense bien, par exemple, que les légitimistes seuls pouvaient mettre un grand zèle à la diriger sur la Vendée. D'autres n'auraient pas eu le même goût à établir la guerre civile.
Quoi qu'il en soit, elle était avant le 20 mai à Nantes. Monsieur de Bourmont ne tarda pas à l'y rejoindre. Il trouva tout disposé pour l'entrée en campagne. C'est-à-dire que madame la duchesse de Berry, assistée de madame de La Rochejaquelein, de mademoiselle Fauveau, de deux jeunes hommes choisis par ces dames pour aides de camp, et qu'elles avaient fait serment (serment fidèlement accompli au milieu de la pieuse Vendée) de ne jamais quitter ni jour ni nuit, de quelques têtes également folles et de subalternes intrigants, que ce sanhédrin donc avait répandu des proclamations fulminantes, envoyé des circulaires incendiaires et commandé une prise d'armes pour le 24.
Là, s'arrêtaient les préparatifs; il n'y avait ni hommes, ni fusils, ni munitions, ni argent, et encore moins de zèle. Les anciens chefs vendéens étaient au désespoir et n'admettaient aucune chance d'obtenir un soulèvement sérieux dans le pays; ils annonçaient un échec inévitable et prédisaient de grands malheurs.
Monsieur de Bourmont, informé d'un état de choses qu'on dissimulait à la princesse, la supplia de sortir de Nantes et de lui laisser temps d'organiser le mouvement. Elle y consentit à grand'peine et, malgré les avis de son entourage immédiat, elle se retira dans les environs.
Les traditions vendéennes furent évoquées pour établir sa sûreté personnelle. D'ailleurs, à cette époque, je le répète, on la croyait fugitive, cherchant à s'échapper et on n'avait aucun désir de l'arrêter.
J'en ai eu plusieurs preuves et une, entre autres, où j'ai été témoin et même un peu acteur. Je ne sais si, pour mieux assurer la marche de la princesse, son parti avait dirigé du côté de Nice des individus destinés à donner le change sur la véritable route suivie par elle; mais, lorsque son absence du Carlo Alberto fut constatée, et cela demanda quelques jours malgré le service du télégraphe, le bruit se répandit qu'elle avait repassé le Var.
Le gouvernement y crut, aussi bien que la plèbe du parti légitimiste. Je me souviens que la comtesse d'Hautefort, très zélée, mais peu initiée dans les secrets, me raconta alors je ne sais quelle belle parole à la Henri IV prononcée par Madame en passant le Var à gué. Ce même jour, elle se plaignait naïvement à moi de l'horrible perfidie avec laquelle le gouvernement, non content d'avoir fait échouer la tentative de la rue des Prouvaires en achetant le secret de la conspiration, avait encore eu l'infamie d'employer des émissaires à faire hâter d'un mois l'arrivée de madame la duchesse de Berry, de sorte que les préparatifs nécessaires au succès n'étaient pas complètement achevés.
La colère de madame d'Hautefort nous faisait trop d'honneur. L'expédition sur Marseille avait été un peu avancée, mais ce n'était pas par l'habileté du gouvernement français, c'était parce que le parti lui-même avait conçu l'espoir de se donner pour auxiliaires l'effroi, la désolation où le choléra plongeait la capitale, et la désorganisation du cabinet par la mort de monsieur Casimir Perier et la maladie de monsieur d'Argout.
Tout le monde était bien persuadé que madame la duchesse de Berry avait repassé la frontière. On se disposait à prendre contre elle les mesures les plus sévères, à fulminer une espèce d'ordre de courre sus, destiné à calmer les vociférations du parti républicain qui recevait alors le surnom des Bousingots, d'une espèce de chapeau que beaucoup avaient adopté.
Je savais le conseil assemblé pour rédiger l'ordonnance et monsieur le duc d'Orléans partant le soir pour le Midi, lorsque j'appris d'une façon certaine que madame la duchesse de Berry n'avait pas quitté le sol français. Une lettre de sa main, adressée au comité dont monsieur de Chateaubriand faisait partie, et de date fort récente, l'affirmait. On l'avait montrée à madame Récamier pour qu'elle en informât monsieur de Chateaubriand, alors en Suisse.