Peu d'heures avant, nous avions, elle et moi, causé de la situation en partant de ce point que la princesse était à l'abri du danger. La réception de cette lettre changeait la question; elle vint me le révéler. Je courus chez la Reine dont je savais l'anxiété pour sa nièce.
Elle était à Saint-Cloud, le Roi au conseil à Paris. Un homme à cheval fut aussitôt expédié porteur d'un billet où la Reine, avec mon autorisation, me nommait comme étant venue lui apprendre la certitude positivement acquise que madame la duchesse de Berry était encore en France. Elle ne m'en demanda pas davantage; je ne lui dis rien de plus.
Je sus, le soir, que ce message avait empêché la signature de l'ordonnance toute rédigée et suspendu le départ de monsieur le duc d'Orléans. Il ne pouvait convenir de l'envoyer là où sa cousine risquait d'être arrêtée d'un moment à l'autre, par l'effet de quelque zèle intempestif, et nous la présumions encore dans le Midi.
Bientôt après, sa traversée audacieuse du royaume fut connue, l'exactitude de ma communication confirmée, mais nos prévisions sur le lieu de son séjour trompées, et monsieur le duc d'Orléans partit.
Je puis assurer que le séjour de madame la duchesse de Berry ne donnait d'inquiétude, à cette époque, que pour elle.
J'ignore si ce fut la lettre communiquée à madame Récamier qui décida le retour de monsieur de Chateaubriand. Mes souvenirs me le montrent bientôt après à Paris.
On se persuada d'abord qu'en se rapprochant des côtes de l'Océan madame la duchesse de Berry avait pour but de s'embarquer plus facilement dans un lieu où elle serait moins soupçonnée; mais la Vendée ne tarda pas à se mettre en mouvement.
Partout, de petites bandes d'insurgés se montraient et agitaient le pays sans l'entraîner; partout, aussi, les chefs s'épuisaient en vains efforts pour ressusciter un parti carliste, sans avoir eux-mêmes l'espérance d'y réussir.
On n'aimait pas le nouveau gouvernement. Toutefois, il ne vexait personne et, en Vendée comme ailleurs, la grande masse voulait vivre tranquille.
Cependant d'anciens souvenirs, fortement excités par quelques prêtres et beaucoup de gentilshommes, parvinrent à réunir une espèce de noyau d'insurrection autour de Marie-Caroline dans les derniers jours de mai.