Monsieur Berryer épuisait en vain sa rhétorique. Le maréchal Bourmont avait longtemps gardé un morne silence; il s'aventura enfin à se ranger du côté de ceux qui conseillaient la retraite.

Madame la duchesse de Berry, qui, depuis le commencement de la séance, se contenait avec peine, entra dans une véritable fureur. Elle reprocha au maréchal de l'avoir nourrie de fausses espérances, poussée à son entreprise et placée dans une situation désespérée pour l'y abandonner:

«Au surplus, ajouta-elle avec véhémence, votre conduite est conséquente à votre caractère. Ce serait la première fois que vous n'auriez pas trahi!» Cette scène violente termina la séance.

Monsieur Berryer obtint la promesse d'être reçu en particulier le lendemain. On le mena, avec de nouvelles précautions romantiques, dans un lieu où il passa là nuit. Un enfant de six ans le guida le matin vers une cabane où il trouva madame la duchesse de Berry. Elle avait quitté son vêtement semi-masculin de la veille et était habillée en paysanne.

Toute cette petite Cour factieuse jouait au roman historique, jusqu'à ce point de se donner pour sobriquets entre eux les noms des personnages inventés par Walter Scott. Sa mode, alors à son apogée, n'a pas peu influé sur la conduite de ces héros improvisés d'une guerre civile heureusement impossible.

Cette fois, la princesse était seule et monsieur Berryer la trouva plus abattue et plus accessible à la raison. Elle commença par répéter que, si elle avait mal fait devenir en France, il n'en était pas moins bien fait d'y vouloir rester:

«Je m'y ferai tuer.

—On ne vous tuera pas, on vous arrêtera.

—Hé bien, qu'on fasse tomber ma tête sur l'échafaud.

—On ne fera pas tomber votre tête, on vous fera grâce.» Cette considération l'ébranla.