«On aura tort, reprit-elle; je recommencerai.

—Si vous indiquez ce projet, vous donnerez le droit de vous retenir indéfiniment enfermée.

—Enfermée! Enfermée!» Et cette nature vagabonde et téméraire recula devant cette sorte de danger.

Monsieur Berryer, prenant alors son avantage, le poursuivit, et ne s'éloigna qu'en emportant l'autorisation de tout préparer pour la fuite. Le rendez-vous fut donné, pour le surlendemain au soir, dans une lande près de la mer.

Marie-Caroline s'y trouverait avec deux compagnons et monsieur Berryer s'engageait à les faire embarquer dans la nuit. Enchanté de son succès, il retourna à Nantes prendre les dernières mesures pour un départ désiré par les sommités de tous les partis mais qu'il fallait pourtant dérober à la plèbe gouvernementale et aux extravagants amis de la princesse, aussi bien qu'à l'opposition radicale.

Tandis qu'il s'occupait des soins nécessaires à cet effet, un messager inconnu lui remit des dépêches de madame la duchesse de Berry. Elle refusait de partir, renonçait à le revoir et le chargeait de rapporter à ceux dont il était l'envoyé les réponses contenues sous la même enveloppe.

Monsieur Berryer, lui, n'est pas doué d'un cœur téméraire; il se tint pour fort satisfait de se retirer sain et sauf d'un si absurde guêpier, et reprit la route de Paris.

La relation précédente m'est arrivée, avec tous ses détails, d'une façon si directe, dans le temps, que je ne puis douter que ce ne soit la première version fournie par monsieur Berryer à ses commettants. Peut-être en a-t-il changé depuis; cela arrive à tous les gens de parti et à lui plus qu'aux autres.

Il paraîtrait que le maréchal Bourmont, aiguillonné, au vif du sarcasme amer de la princesse, avait dit comme un autre Pylade: «Allons, seigneur, enlevons Hermione»; et s'était réuni aux conseillers imberbes de Marie-Caroline.

Peut-être, aussi, les espérances d'un mouvement insurrectionnel à Paris avaient-elles encouragé et servi à combattre les objections des moins extravagants; quoi qu'il en soit, les projets de retraite furent échangés contre ceux de l'entrée en campagne.