Madame la duchesse de Berry, à la tête de quinze cents paysans réunis à grand'peine, les vit mettre en fuite, malgré sa présence et malgré des actes de valeur individuelle remarquables, par une poignée de soldats réguliers.
Ce qui restait de sa troupe se réfugia dans le château de la Pénissière où elle fut poursuivie. On parvint, au moment de l'attaque, à en faire évader la princesse; et bien des braves gens périrent par le fer et le feu pour assurer sa sûreté.
Ses partisans de Paris conçurent de vives alarmes. Ils furent plusieurs jours à la savoir entrée au château de la Pénissière, où tout avait péri, sans connaître son évasion. On avait nié depuis qu'elle fût à la Pénissière lors de l'attaque; je n'ai point là-dessus de notion exactement positive.
Pendant ce temps, monsieur Berryer était arrêté à Blois. Comme je n'écris, ainsi que je l'ai souvent répété, que d'après mes souvenirs et sans consulter de documents, je ne saurais me rappeler lesquels de ces événements ont précédé; mais ils se sont succédé de fort près et de façon à expliquer les terreurs dont monsieur Berryer se sentit immédiatement atteint lorsqu'il se vit détenu, dans un département mis en état de siège, par un gouvernement qu'il supposait exaspéré de l'insurrection écrasée dans la capitale et de celle fomentée dans la Vendée.
Monsieur Berryer, il faut le dire, appartient à un parti qui n'a pas fait abnégation de vengeances et que le triomphe n'adoucit pas; aussi la pensée des Lavalette, des Faucher, des Caron, etc., lui revint et ses craintes n'en furent que plus vives, car aucun d'eux n'était aussi coupable que lui.
Son premier soin, en arrivant dans la prison, fut d'écrire cinq lettres à messieurs le duc de Bellune, le duc de Fitzjames, le chancelier Pastoret, le vicomte de Chateaubriand et le comte Hyde de Neuville, en forme de circulaire, où il faisait appel à leur loyauté (ayant soin de les nommer tous les cinq dans chaque lettre); en les priant de se reconnaître solidaires de toutes les démarches faites par lui dans ce voyage entrepris à leur demande.
Les lettres écrites furent remises au gardien de la geôle pour les jeter à la poste. Or, monsieur Berryer, moins qu'un autre, ne pouvait ignorer que, des mains du gardien, elles allaient tout droit dans celles du juge d'instruction.
Cette démarche, une des plus étranges que la peur pût dicter à un homme d'esprit et de talent, eut les résultats qu'elle devait amener. Les lettres arrivèrent à Paris, accompagnées de mandats d'amener contre les cinq personnages désignés.
Le cabinet en fut vivement contrarié. Ces messieurs, assurément, ne couraient aucune espèce de danger; aussi purent-ils se poser en martyrs et trancher des héros. Mais le ministère redoutait également l'ovation que leur prépareraient les carlistes, et les cris furibonds de ceux qui s'intitulaient le parti de Juillet contre l'indulgence dont on userait envers eux; comparée à la sévérité, nécessaire parce qu'ils étaient redoutables, qu'il fallait montrer aux factieux républicains.
Toutefois, le mandat suivait la forme voulue par les lois, et les prévenus durent être conduits en prison pendant que le gouvernement négociait avec la justice pour arrêter cette affaire. Tout ce qu'il put faire fut de rendre la détention aussi douce qu'elle finit par être courte.