«Quel bonheur!» dit François qui partit en carriole avec Paolo et le domestique, après avoir bien embrassé sa bonne et Christine, et tout consolé par la pensée de les revoir toutes deux le soir même.

Isabelle commença la toilette de Christine, et sans la tarabuster, sans lui arracher les cheveux, elle l'habilla et la coiffa mieux que ne l'avait jamais été la pauvre enfant. Elle remercia sa bonne avec effusion, l'embrassa, lui dit encore combien elle était heureuse de l'avoir pour bonne et voulut aller joindre sa maman. Elle ouvrait la porte, lorsque M. des Ormes entra.

M. DES ORMES

—Comment! déjà prête? Qui est-ce qui t'a habillée? Comme te voilà bien coiffée? Avec qui es-tu ici?

CHRISTINE

—Avec ma bonne, papa; c'est elle qui m'a coiffée et habillée.

M. DES ORMES

—Quelle bonne? d'où vient-elle? Que veut dire ça? (Encore une sottise de ma femme, pensa-t-il). J'en avais une qu'on m'a recommandée et que j'attends depuis le déjeuner. Je suis fâchée, Madame, dit-il en s'adressant à Isabelle, que vous soyez installée ici sans que j'en aie rien su; mais je ne puis confier ma fille à une inconnue, et je vous prie de ne pas vous regarder comme étant à mon service.

ISABELLE

—Je croyais vous obliger, Monsieur, d'après ce que m'avait dit Mme des Ormes, en venant de suite près de Mademoiselle; mais du moment que ma présence ici vous déplaît, je me retire; vous me permettrez seulement de rassembler mes effets que j'avais rangés dans l'armoire.