M. DE NANCÉ

—De tout mon coeur, chère Madame: quand faut-il que je vienne la prendre?

MADAME DES ORMES

—Tout de suite! Remmenez-la, et envoyez votre carriole pour ses effets, qu'Isabelle mettra dans une malle. Adieu, Christine; adieu, ma fille; sois bien sage, bien obéissante; ne fais pas enrager ce bon M. de Nancé, qui veut bien de toi. Au revoir, dans six ou sept mois.

Elle embrassa Christine sur les deux joues, serra la main de M. de Nancé, et s'éloigna en courant et sautillant comme elle était venue.

Quand elle se fut éloignée, Christine et François, dont le coeur bondissait de joie, se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, puis Christine se jeta dans ceux de M. de Nancé, qu'elle embrassait en répétant:

—Mon père! mon père! mon bon père! Vous m'avez sauvée! Que je vous aime, cher, cher père! M. de Nancé, attendri, lui rendit ses baisers.

—Chère enfant! Oui, je suis ton père d'adoption; tu sais si je t'aime tendrement.

Et il réunit dans ses bras ces deux enfants dont l'un était à lui, et dont fautre lui était seulement confié, mais il les aimait presque d'une égale tendresse. La rentrée au château de Nancé fut triomphale; des cris de joie annoncèrent à Bathilde le séjour de Christine au château. Le dîner, la soirée furent une fête et un éclat de rire continuel. Christine se coucha, installée dans la maison de son cher François et fut longtemps à s'endormir, tant la joie l'agitait. François était au moins aussi heureux; et M. de Nancé l'était plus sérieusement et plus profondément.

XVIII