«Eux sont restés presque tous toués, coupés en morceaux; moi zé mé souis sauvé en mé zétant sous les amis morts; quand la nouit est venoue, moi ramper longtemps, et puis zé mé souis levé debout et z'ai couru, couru; lé zour, zé souis cacé dans les bois, z'ai manzé les frouits des oiseaux, et la nouit courir encore zousqu'à Zènes; pouis z'ai marcé et z'ai dit Italiano! et les amis m'ont donné du pain, des viandes, oune lit; et moi zé souis arrivé en vaisseau en bonne France; les bons Français ont donné tout et m'ont amené ici à Arzentan; et moi, zé connais personne, et quand est arrivée oune lettre dou Signor conté Cimiano, moi z'étais content, et les camarades de rire et toussoter, et oune me dit: «Va pas, c'est pour rire»; mais moi, z'ai pas écouté et z'ai fait deux lieues en oune heure; et voilà comment Paolo est venu zousqu'ici... Vous riez comme les camarades; c'est drôle, pas vrai?»

Mme de Cémiane riait de bon coeur; M. de Nancé souriait et regardait le pauvre Italien avec un air de profonde pitié.

«Pauvre jeune homme!» dit-il avec un soupir, Et où sont vos parents?

«Mes parents?...»

Et le visage du jeune homme prit une expression terrible.

«Mes parents, morts, toués par les féroces Autrichiens; fousillés avec les soeurs, frères, amis, dans les maisons à eux! Tout est brûlé! et avant battous, pour les punir eux, parce que moi, Italien, z'ai allé avec les amis pour touer les Autrichiens méssants et barbares. Voici l'Autrice! voilà le Radetzki! [1]»

Note 1:[ (retour) ] Maréchal autrichien, célèbre par la répression cruelle de la révolte des Lombards en 1849.

MADAME DE CÉMIANE

—Pauvre garçon! C'est affreux!

M. DE NANCÉ