—Assez, assez, mon cher, assez. Vous allez donner de l'orgueil à ma fille.

CHRISTINE

—A moi, mon père? De l'orgueil? et de quoi? Que fais-je, moi, que suivre vos conseils et ceux du bon Paolo! C'est vous et lui qui devez avoir de l'orgueil, si je fais bien; vous surtout, mon père, vous qui m'apprenez à être ce que dit Paolo, douce et obéissante, et à demander au bon Dieu de me rendre bonne et pieuse comme François.

—Voyez, voyez, Signor! Quel anze que cet enfant! s'écria Paolo en joignant les mains et en s'élançant ensuite sur Christine, que, dans son admiration, il enleva de six pieds, et qu'il remit à terre avant qu'elle eût le temps de pousser un cri de frayeur.

—Vous m'avez fait peur, Paolo, lui dit Christine d'un air de reproche.

—Pardon. Signorina, pardon, dit Paolo confus; c'était la zoie, l'admiration.

Et il rentra un peu honteux, précédé de M. de Nancé et de Christine.

XXII

MAURICE CHEZ M. DE NANCÉ

François rentrait un jour de chez Maurice, qu'il continuait à voir une ou deux fois par semaine, et dont la santé et l'état physique ne s'amélioraient guère. Ses jambes et ses reins ne se redressaient pas; son épaule restait aussi saillante, son visage aussi couturé. Il s'affaiblissait au lieu de prendre des forces. Sa difformité et l'insouciance de son frère lui donnaient une tristesse qu'il ne pouvait vaincre; il allait assez souvent chez M. de Nancé, où il était toujours reçu avec amitié; Christine était bonne et aimable pour lui; elle lui témoignait de la compassion, mais pas l'amitié qu'il aurait désiré lui inspirer et qu'il éprouvait pour elle. Plusieurs fois il lui représenta qu'il avait les mêmes droits que François à son affection, puisqu'il était infirme et malheureux comme lui.