—Certainement, mon ami, répondit M. de Nancé en riant de cet empressement. Demandez malles, chevaux, voiture, quand vous voudrez. Ce soir, je vous remettrai mille francs pour les frais du voyage. Paolo serra les mains de M. de Nancé et voulut les baiser, mais M. de Nancé l'embrassa et lui conseilla de s'occuper de ses malles.

L'absence de Paolo dura deux mois; à la fin du premier mois, il écrivit à M. de Nancé:

«O Signor de Nancé! qu'ai-ze fait, malheureux! Pardonnez-moi! Pitié pour votre Paolo dévoué!... Voilà ce que c'est, Signor. Z'ai retrouvé oune zeune amie que z'aimais et que z'aime parce qu'elle est bonne et sarmante comme Christinetta; cette pauvre zeune amie n'a rien que du malheur; elle me fait pitié, et moi ze loui dis: «Cère zeune amie, voulez-vous être ma femme? Il zouste comme notre cer François à la Christinetta; et la zeune amie se zette dans mes bras et me dit: «Ze serai votre femme», zouste comme notre Christinetta à François. Et moi, ze n'ai pas pensé à vous, excellent Signor; et ze ne veux pas vivre loin de vous, et ze ne veux pas laisser ma femme à Milan. Alors quoi faire, cer Signor? Ze souis au désespoir, et ze pleure toute la zournée; et ma zeune amie pleure avec moi! Quoi faire, mon Dieu, quoi faire? Si ze reste loin de vous, ze meurs! Si ze laisse ma zeune amie, ze meurs. Alors, quoi faire? Ze vous embrasse, mon cer Signor; z'embrasse mon François céri, ma Christinetta bien-aimée; cers amis, conseillez votre pauvre Paolo et sa zeune amie.

«PAOLO PERRONI.».

M. de Nancé s'empressa de faire voir cette lettre à ses enfants.

—Que faire? leur dit-il en riant. Que faire?

CHRISTINE

—C'est de les faire venir ici, chez nous, père chéri; nous les garderons toujours, n'est-ce pas, François?

FRANÇOIS

—Oui, mon père; je suis de l'avis de Christine.