Christine ayant demandé à passer chez elle pour enlever son voile et sa belle robe de dentelle (présent de sa tante), son père la mena dans son nouvel appartement, arrangé et meublé élégamment et confortablement. Isabelle avait sa chambre près d'elle. Christine et François passèrent quelques heures à arranger avec Isabelle les petits objets de fantaisie dont leurs chambres étaient ornées; entre autres, les marbres et albâtres que François avait apportés pour Christine. Elle se retrouva enfin à Nancé comme jadis chez elle, et pour n'en plus sortir.

XXIX

PAOLO HEUREUX, CONCLUSION

A partir du jour de leur mariage, François et Christine jouirent d'un bonheur calme et complet, augmenté encore par celui de leur père, qui semblait avoir redoublé de tendresse pour eux. Il ne cessait de remercier Dieu de la douce récompense accordée aux soins paternels dont il avait fait l'objet constant de ses pensées et de sa plus chère occupation. Paolo aussi était l'objet de sa reconnaissante amitié.

—A vous, mon ami, lui disait-il souvent, je dois la grande, l'immense jouissance de regarder mon fils, de penser à lui sans tristesse et sans effroi de son avenir. Il n'est plus un sujet de raillerie: il ne craint plus de se faire voir; Christine aussi est délivrée de cette terreur incessante d'une humiliation pour notre cher François. Je vous aime bien sincèrement, mon cher Paolo, et mon coeur paternel vous remercie sans cesse.

—O carissimo Signor, ze souis moi-même si zoyeux, que ze voudrais touzours les embrasser! Tenez, les voilà qui courent dans le zardin après ce poulain ésappé! Voyez qu'ils sont zentils! La Christinetta! voyez qu'elle est lézère comme oune petit oiseau! Et le zeune homme! le voilà qui saute une barrière. Le beau zeune homme! C'est que z'en souis zaloux, moi! Voyez quelle taille! quel robuste garçon!

Et Paolo sautait lui-même, pirouettait.

—Signor mio, dit-il un jour, ze souis oune malheureux, oune profond scélérat!... Ze m'ennouie de la patrie! Il faut que ze revoie la patrie! O patria bella! O Italia! Signor mio, laissez-moi zeter un coup d'oeil sur la patrie, seulement oune petite quinzaine.

—Quand vous voudrez et tant que vous voudrez, mon pauvre cher garçon; je vous payerai votre voyage, votre séjour, tout.

—O Signor! s'écria Paolo, vous êtes bon, vraiment bon et zénéreux! Alors ze pourrai partir demain?