Au bout de quinze jours, il annonça que tout était en règle, que le contrat de mariage pouvait se signer le surlendemain, et le mariage avoir lieu le jour d'après. On fit des préparatifs de soirée chez Mme de Cémiane pour le contrat, auquel on engagea tout le voisinage. Paolo prépara des surprises de chant, des vers composés pour Christine, des bouquets, etc. Le jour du mariage, on devait dîner chez M. de Nancé, mais il demanda à n'engager que les Cémiane, selon le désir de ses enfants.
La veille du contrat, Christine reçut un trousseau charmant, mais simple et conforme à ses goûts et à la vie qu'elle désirait mener.
Ce fut Paolo qui fut chargé de le lui remettre.
—Voyez, disait-il, voyez, ma Christinetta, comme c'est zoli! Quelle zentille robe! vous serez sarmante avec toutes ces zoupes, ces dentelles, ces cacemires, et tant d'autres soses.
La soirée du contrat commençait lorsqu'on apporta une caisse avec recommandation de l'ouvrir de suite, ce qui fut exécuté. Elle contenait un beau portrait de Christine, peint par Bernard pour François. Christine et François furent touchés de cette attention et en remercièrent tendrement Bernard.
—C'est là ton secret, lui dit Christine.
François fut l'objet de la curiosité et de l'admiration générales; Adolphe, qui eut l'audace d'accepter l'invitation, fut aussi étonné que furieux; il espérait pouvoir se venger du refus de Christine en se moquant de son bossu, et il ne put qu'enrager intérieurement sans oser faire paraître son déplaisir.
Le jour du mariage se passa dans un tranquille bonheur; Christine, après la messe, fut emmenée par son père et François.
—A vous, mon père; à toi, mon François, dit Christine quand la voiture roula vers Nancé; à vous pour toujours.
Et, s'appuyant sur l'épaule de son père, elle pleura. Ses larmes furent comprises par son père et son mari, car c'étaient des larmes de tendresse et de bonheur. Arrivés à Nancé, ils trouvèrent le bon Paolo, qui, parti un peu avant, attendait les mariés à la porte avec tous les gens de la maison; il embrassa la mariée, serra François dans ses bras, et fut serré à son tour dans ceux de M. de Nancé.