Le lendemain, M. de Nancé vint présenter son fils à M. et Mme de Cémiane et à Gabrielle et Bernard stupéfaits. Paolo, le fidèle Paolo, les accompagnait; il voulait être témoin de l'entrevue. Christine était convenue la veille, avec François, son père et Paolo, qu'elle ne parlerait pas du changement survenu dans la personne de François. Les cris de surprise qui furent successivement poussés enchantèrent Christine, firent sourire M. de Nancé et François et provoquèrent chez Paolo une joie qui se manifesta par des sauts, des pirouettes et des cris discordants. Gabrielle resta ébahie; elle ne se lassait pas de considérer François, devenu grand comme son père, droit, robuste, le visage coloré, la barbe et les moustaches complétant l'homme fait.

—François, dit Gabrielle en riant, ne bouge pas, laisse-moi tourner autour de toi, comme nous l'avons fait, Christine et moi, la première fois que tu es venu nous visiter... C'est incroyable! Droit comme Bernard, le dos plat comme celui de Christine! Comme tu es bien! comme tu es beau! Jamais je ne t'aurais reconnu! Vraiment, Paolo a fait un miracle!

Ce fut une joie, un bonheur général; Paolo, M. de Nancé et Christine étaient rayonnants. Pendant que les jeunes gens causaient, riaient, et que Paolo racontait à sa manière la guérison et le traitement de François. M. de Nancé causait avec M. et Mme de Cémiane du mariage, du contrat, et les rassurait sur la dot de Christine.

—C'est moi qui me suis arrogé le droit de la doter, mes chers amis, dit-il; j'ai été son père adoptif; je deviens son vrai père, et je partage ma fortune avec mes deux enfants, revenu et capital. Nous en aurons chacun la moitié; j'ai soixante mille francs de revenu, chacun de nous en aura trente mille, le jeune ménage comptant pour un. Nous vivrons tous ensemble; nous ne quitterons guère Nancé, à ce que je vois. Ne vous occupez donc pas de la fortune de Christine; le contrat de mariage lui en donnera autant qu'à François. Je ne veux même pas que son trousseau lui vienne d'un autre que moi.

MADAME DE CÉMIANE

—Oh! quant à cela, cher Monsieur, laissez-nous en faire les frais.

M. DE NANCÉ

—Pardon, chère Madame; je crois avoir acquis le droit de traiter Christine comme ma fille. Faites-lui le présent de noces que vous voudrez, mais laissez-moi le plaisir de lui donner trousseau et meubles. Vous le voulez bien, n'est-il pas vrai? Ne faites pas les choses à demi, et abandonnez-moi entièrement ma fille, ma Christine.

Ce point décidé, M. de Nancé demanda encore la permission de presser le contrat et le mariage, «afin, dit-il, de nous laisser rentrer dans notre bonne vie calme, qui ne peut être heureuse et complète qu'avec Christine.»

M. et Mme de Cémiane consentirent à tout ce que désirait M. de Nancé. Il fut convenu que, jusqu'au jour du mariage, François et Christine passeraient leurs journées ensemble, soit à Nancé, soit chez Mme de Cémiane. La visite terminée, M. de Nancé emmena Christine pour la ramener le soir chez sa tante. Il en fut de même tous les jours; après déjeuner, François venait à Cémiane; et, dans l'après-midi, quand M. de Nancé avait terminé ses affaires, il emmenait ses enfants, pour voir Paolo, dîner à Nancé, et les ramenait achever la soirée avec Gabrielle et Bernard.