Et moi, Marie, comment m'aimeras-tu assez pour m'empêcher d'être jaloux?
MARIE.
Vous? Oh! vous savez que je vous aime bien, que je vous aimerai toujours. (Elle l'embrasse et lui dit à l'oreille: «plus que tout le monde,... vous comprenez?») Et puis c'est vilain d'être jaloux; et vous ne ferez jamais rien de vilain.»
Le dîner était prêt; ils se mirent à table. Kersac rit longtemps de la promesse de sa fille adoptive et mangea comme un homme qui vient de faire sept lieues et qui est encore à jeun à une heure de l'après-midi. Marie dévorait; le gigot était cuit à point, l'omelette était excellente, la salade était bien assaisonnée, le beurre était frais, le pain était tendre, les convives étaient heureux; Kersac était particulièrement enchanté de s'être assuré une femme sûre et intelligente à sa ferme, et de trouver en elle et en la petite Marie une société et une distraction agréables.
Quand Marie sut qu'elle allait demeurer à la ferme de Kersac, elle ne se posséda plus de joie.
«Partons tout de suite, mon bon ami, emmenez-nous tout de suite, répétait-elle avec instance.
HÉLÈNE.
C'est impossible, Marie; il me faut le temps de payer les petites choses que je dois, de faire mes adieux à M. le curé, à ma soeur Marine, de ranger mes effets; car, dit-elle en souriant et se tournant vers Kersac, j'ai des effets maintenant et je ne veux rien laisser de ce que vous m'avez donné, monsieur Kersac.
KERSAC.
Vous emporterez tout ce que vous voudrez, Hélène; je vous enverrai ma plus grande charrette.