Le matin, lorsque Abel arriva au café, il trouva Simon et Jean qui l'attendaient; ils s'empressèrent de le servir pour la dernière fois. Simon avait l'air heureux du sort que lui avait fait son excellent bienfaiteur. Le pauvre Jean avait la mine d'un condamné à mort; soit qu'il regardât M. Abel, soit qu'il considérât Simon, il était également affligé. Abel avait l'air grave, presque triste.
Le déjeuner ne fut pas long.
«Adieu, mes bons amis, dit Abel en se levant; je vous reverrai. Toi, Simon, je serai un de tes témoins pour ton mariage; je te donne d'avance mon présent de noces, il t'aidera à faire la corbeille d'Aimée.»
Il lui mit un portefeuille dans la main.
«Et toi, mon enfant, ajouta-t-il en se tournant vers Jean et lui prenant les deux mains, je ne te dis pas adieu, je te reverrai aujourd'hui même. Au revoir donc, mon ami; au revoir. Et soigne bien mon petit Roger, car c'est en partie pour lui que tu entres chez M. et Mme de Grignan.»
Il lui serra les mains; Jean y répondit en baisant celles de M. Abel, qui salua du geste et du sourire et sortit.
XXI
SÉPARATION DES DEUX FRÈRES
Simon et Jean montèrent pour la dernière fois dans leur chambre. Ils firent chacun leur modeste et très petit paquet. Simon ouvrit le portefeuille que lui avait donné M. Abel; il y trouva pour deux mille francs d'obligations du chemin de fer de l'Est et un billet de mille francs, plus l'anneau de mariage et la médaille que Simon devait, selon l'usage, donner à sa femme.