JEAN.
Et où la trouverez-vous?
KERSAC.
Elle est toute trouvée, pardi! Ta mère!
JEAN, surpris d'abord et riant ensuite.
Maman! maman! Mais vous n'y pensez pas, monsieur! Maman a quelque chose comme trente-trois à trente-quatre ans.
KERSAC.
Et moi, j'en ai bien trente-huit à trente-neuf. Vois-tu, Jean, j'ai besoin de quelqu'un de confiance près de moi pour gouverner ma ferme; et puis quelqu'un de bon et de soigneux que je puisse aimer; quelqu'un de rangé, d'économe, qui me retienne quand je veux faire de la dépense. Quelqu'un de propre, d'avenant, qui ne repousse pas les gens qui viennent à la ferme faire des affaires avec moi. Je trouve tout cela dans ta mère; elle paraît plus jeune que son âge, mais cela ne fait rien; cela vaut mieux que si on pouvait la prendre pour ma mère. Cela te déplaît-il, mon ami?
JEAN.
Comment cela me déplairait-il, monsieur? C'est au contraire un bonheur, un grand et très grand bonheur. Pauvre maman, qui a été si malheureuse! Et le bon Dieu lui envoie la chance de devenir la femme d'un brave, excellent homme comme vous, monsieur! Mon cher monsieur Kersac! vous serez donc mon père! Ah! ah! ah! c'est drôle tout de même!