KERSAC.

Tu n'y pensais pas, ni moi non plus, quand je te menais en carriole à Malansac? Eh bien, tu ne croirais pas une chose? c'est que je m'étais si bien attaché à toi dans cette journée de carriole, que j'ai été voir ta mère pour toi, que je l'ai soignée pour toi, et que l'idée d'en faire ma femme m'est venue pour toi, pour te ravoir un jour et pour te faire un sort. Et puis, il faut dire aussi que j'ai reçu, il y a environ trois mois, une lettre de quelqu'un que je ne connais ni d'Ève ni d'Adam, qui a signé: Un ami, et qui me dit:

«Si vous voulez être heureux, monsieur Kersac, et si vous êtes le brave, l'excellent homme que je crois, épousez la mère de votre jeune ami Jean. Vous n'aurez pas à vous en repentir.»

Cette lettre m'a décide; j'ai pense à ton avenir, au mien, et je me suis dit: Hélène sera ma femme et Jean sera mon fils.

JEAN.

Merci, monsieur, merci; mille fois merci; j'ai réellement trop de bonheur d'avoir rencontré deux hommes aussi excellents que vous et M. Abel.

KERSAC.

Ah çà! dis donc, je voudrais bien le voir, ton M. Abel. Je l'aime, rien que de t'en entendre parler.

JEAN.

Je le lui dirai, monsieur, je le lui dirai. A présent, monsieur, je vais aller à mon ouvrage, pour ne pas tout laisser à faire à ce bon M. Barcuss, qui s'échine pour me donner du bon temps.