Roger ferma les yeux, joignit ses petites mains comme s'il priait. Ensuite il dit à Jean:

«Mon bon Jean, amène-moi M. Kersac, je t'en prie. C'est peut-être mal d'être si curieux, mais j'ai bien envie de le voir pendant que je suis un peu mieux.»

Jean sortit et alla demander à Kersac de monter. Pour arriver chez Roger, il fallait passer par le salon; Kersac s'y arrêta, frappé d'étonnement; la tenture de damas rouge, les fauteuils dorés, les divers meubles de fantaisie qui ornaient le salon, le lustre en cristal et en bronze, le beau tapis d'Aubusson, tout cela était pour lui les contes des Mille et une Nuits, des richesses sans pareilles. Jean, voyant son admiration, s'arrêta quelques minutes; puis, ouvrant la porte de Roger, il fit entrer Kersac. Ce dernier fut vivement impressionné par l'aspect de cette chambre; le demi-jour, ménagé à dessein, pour ne pas fatiguer les yeux du petit malade, le silence qui y régnait, l'attitude accablée mais résignée de Mme de Grignan, assise près du lit de son fils, l'enfant lui-même, d'une maigreur et d'une pâleur effrayantes, les mains jointes, le visage légèrement animé par un doux sourire, tout cet ensemble produisit sur Kersac une impression si vive de respect, d'attendrissement, que, sans penser à ce qui faisait, il se laissa tomber à genoux près du lit de ce pauvre petit enfant. Roger, surpris et touché, voulut prendre de sa petite main décharnée celle de Kersac, mais il n'en eut pas la force; Kersac, qui avait senti le mouvement, prit bien doucement cette petite main dans les siennes, la baisa et la plaça ensuite sur sa tête, comme pour avoir une bénédiction.

Puis, se tournant vers Mme de Grignan qu'il entendait pleurer:

«Pauvre dame! dit-il. Pauvre mère!

—Mais heureuse de le voir souffrir si saintement», répondit Mme de Grignan.

Kersac se releva.

ROGER.

Monsieur Kersac, Jean vous aime beaucoup; je vois qu'il a raison; vous aimez le bon Dieu et vous le priez; je prierai aussi pour vous.»

Et, voyant une larme rouler le long de la joue de Kersac: