Certainement, mes enfants; regardez.»

Les présents de Simon à sa femme et à sa belle-soeur étaient de fort jolies montres avec leurs chaînes. A Jean il donna une boîte. En l'ouvrant, les deux frères poussèrent un cri de joie; c'étaient deux grandes miniatures à l'huile, faites avec le talent connu de M. Abel N...; l'une représentait Simon, l'autre M. Abel lui-même. Pour le coup, Jean n'y tint pas; après avoir poussé son cri de joie, il se précipita vers M. Abel, qui le serra dans ses bras et l'embrassa affectueusement.

Après le premier moment de joie, Jean courut aux présents qu'il devait donner; celui de Simon était le portrait frappant de Jean; celui d'Aimée était un joli bracelet en or avec la miniature de Simon pour fermoir.

Jean ne se possédait pas de joie; avoir chez lui, à lui appartenant, les portraits des deux êtres qu'il aimait le plus au monde, et ces portraits, faits par une main si chère, étaient pour lui le beau idéal; il ne se lassait pas de les regarder, de les embrasser; toute autre satisfaction s'effaçait devant celle-là. Il fallut pourtant se retirer et laisser M. Abel disposer de son temps; l'heure de son déjeuner était déjà passée.

«Au revoir, mes amis; demain, chez la mariée. Toi, Jean, je te verrai encore ce soir chez mes amis de Grignan; j'y dînerai comme d'habitude.»

Il leur donna des poignées de main et sortit en chantonnant. Les trois amis descendirent aussi, emportant leurs trésors. Il fut convenu qu'ils iraient tout de suite porter leurs présents à Aimée. Ils la trouvèrent faisant, avec sa mère, les apprêts du déjeuner du lendemain. Simon offrit le premier ses présents, puis Jean, puis Kersac. Ni Aimée ni Simon ne s'attendaient à ce dernier cadeau; Kersac fut comblé de remerciements et de compliments sur son bon goût. Mme Amédée essaya l'effet de la chaîne au cou et au corsage d'Aimée. Kersac et Jean se retirèrent peu d'instants après; ils firent une tournée immense qui inspira à Kersac une grande admiration pour les beautés de Paris.

«Sais-tu, dit-il à Jean, mon dernier mot sur ce magnifique Paris: c'est qu'on doit être bien aise d'en être parti. Il y a du monde partout et on est seul partout. «Chacun pour soi et Dieu pour tous», dit le proverbe; c'est plus vrai à Paris qu'ailleurs; que toi et Simon vous en soyez absents, je ne trouve plus rien à Paris.... Je serais bien fâché d'y vivre!... Nous voici arrivés chez nous, ou plutôt chez M. le comte de Grignan. J'ai une faim terrible, comme d'habitude.

—Et nous ne déjeunerons qu'après les maîtres, dit Jean. Pourrez-vous attendre encore une demi-heure environ?

KERSAC, riant.

Pour qui me prends-tu? J'attendrais jusqu'au soir, s'il le fallait. Que de fois il m'est arrivé de ne rien prendre avant la fin du jour!»