M. Abel riait, mais il eût préféré moins d'admiration pour son cheval et une tenue plus calme. On ne tarda pas à arriver; la noce descendait de voiture. Le maire, prévenu de la veille, connaissait beaucoup M. Abel; il vint à sa rencontre, et commença immédiatement la lecture des actes. Chacun se rengorgea quand le maire, lisant les noms et qualités des témoins, arriva à M. Abel-Charles N..., officier de la Légion d'honneur, grand-cordon de Sainte-Anne de Russie, commandeur de l'Aigle noir de Prusse, commandeur de Charles III d'Espagne, etc., etc.
Faire partie d'une noce assistée par un pareil témoin était un honneur rare, un bonheur sans égal. Quand on eut fini à la mairie, on retourna aux voitures; nouveau sujet de gloire pour ceux qui occupaient les voitures fournies par M. Abel. Kersac allait recommencer son examen du cheval.
«Belle robe! commença-t-il. Bai cerise! Jolie encolure! Beau poitrail bien développé!
M. ABEL.
Montez, montez, mon cher; pour le coup, il ne faut pas que nous soyons en retard. Notre entrée à l'église serait manquée; songez donc que je donne le bras à Mme Amédée.»
Kersac monta, mais ne détacha pas les yeux de dessus le cheval. L'entrée fut belle et majestueuse; la mariée était jolie; le marié était beau; les parents étaient bien conservés; les témoins étaient resplendissants. M. Abel et ses décorations attiraient tous les regards.
La cérémonie ne fut pas trop longue; à la sacristie, on se complimenta, on s'embrassa; M. Abel eut à subir les éloges les plus exaltés, les plus crus; un autre en eût été embarrassé; M. Abel riait de tout, avait réponse à tout. Kersac, un peu lourd, un peu mastoc, était mal à l'aise; seul au milieu de ce monde qui se connaissait, qui se sentait en famille, il eût voulu s'esquiver; plusieurs fois il chercha à se couler hors de la sacristie, mais toujours la foule lui barrait le passage; enfin il passa et disparut.
Lorsqu'il fut temps de partir, Abel chercha vainement Kersac; ni les recherches dans l'intérieur de l'église, ni les appels réitérés au dehors ne le ramenèrent près de M. Abel.
Les mariés étaient partis; les invités se pressaient d'arriver chez les Amédée pour prendre leur part du déjeuner; M. Abel, accompagné de Jean, continuait à chercher sa voiture et Kersac.