KERSAC.
Je n'ai pas l'habitude de ces veillées, de ces fatigues extraordinaires et de ces repas monstres qui vous rendent lourd et paresseux. A la ferme je me fatigue davantage et j'ai moins besoin de repos. J'y serai heureusement demain matin, et dès mon arrivée j'arrangerai mon affaire avec ta mère; le plus tôt sera le mieux. Je lui avais promis de t'emmener; veux-tu venir passer quelques jours avec nous?
JEAN.
J'en serais bien heureux, monsieur, mais je ne puis quitter mon pauvre petit M. Roger dans l'état où il est. Je ne suis pas grand'chose, mais il me demande souvent, et je réussis à le distraire un peu.
«M'a-t-il fait répéter de fois ma rencontre avec M. Abel, quand il s'est fait passer pour voleur, et puis notre voyage en carriole et la bonne journée que vous m'avez fait passer, monsieur. Vous voyez que ce serait mal à moi de le quitter dans ce moment.
KERSAC.
Tu as raison, mon enfant; tu es un bon et brave garçon. M. Abel va arriver bientôt pour nous mener aux tableaux. Nous déjeunerons avant de partir, j'espère bien; j'ai l'estomac creux que c'est effrayant.»
M. Abel arriva, leur dit de se tenir prêts pour une heure; ils furent exacts. M. Abel les fit monter dans sa voiture.
KERSAC.
Vous avez encore là une jolie bête, monsieur, mais elle ne vaut pas celle d'hier. J'en ai rêvé, de l'autre. Si j'avais une bête qui lui ressemblât, je passerais des heures à la faire trotter. Quelle trotteuse! Je l'attellerais rien que pour la voir filer.»