Madame! chère madame! Comprenez-vous bien toute la portée de vos paroles? Ne pourrais-je me figurer... que si j'osais... vous demander Suzanne, vous me la donneriez?

MADAME DE GRIGNAN.

Certainement vous pourriez le croire; je vous la donnerais, et avec un vrai bonheur, et Suzanne en serait aussi heureuse que nous le serions, mon mari et moi.

ABEL.

Serait-il possible? Comment! ce voeu que je renfermais dans le plus profond de mon coeur, serait exaucé? Suzanne serait ma femme? de votre consentement? du sien?

MADAME DE GRIGNAN.

Oui, mon ami; vous seriez son mari et mon gendre; le vrai frère de mon cher petit Roger, ajouta-t-elle en prenant les deux mains d'Abel dans les siennes. Ce cher petit! il vous aimait tant! Sa dernière parole a été votre nom.»

Mme de Grignan pleura dans les bras de ce fils qu'elle venait de se donner. Il lui baisa mille fois les mains en la remerciant du fond de son coeur.

ABEL.