Ne puis-je voir Suzanne, chère madame?
MADAME DE GRIGNAN.
C'est trop juste; je vais vous l'envoyer.»
Deux minutes après, Suzanne rentrait, souriante mais légèrement embarrassée.
«Suzanne! dit Abel en allant à elle et lui baisant les mains, Dieu me récompense bien richement du peu que j'ai fait pour son service.
SUZANNE.
Et moi, mon ami? C'est à notre cher petit Roger que je dois ce bonheur, que j'ai si souvent demandé au bon Dieu, et que vous me refusiez toujours.
ABEL.
Moi! Ah! Suzanne, comment n'avez-vous pas compris que je n'osais pas? J'ai beau avoir été chamarré de décorations, avoir été fait baron, je ne croyais pas pouvoir prétendre à la jeune et charmante héritière demandée par les plus grands noms de France. Mon intimité avec vos parents, leurs bontés pour moi, et jusqu'à la grande amitié et préférence que vous me témoigniez en toutes occasions, m'interdisaient toute tentative, par conséquent tout espoir. Mais si vous saviez combien j'ai souffert de ce silence forcé!
SUZANNE, souriant.