JEANNOT.
Et à quoi m'avez-vous formé, monsieur? A voler mon maître, comme vous! A ne croire à rien, comme vous! A vivre pour le plaisir, comme vous! Que voulez-vous donc de moi? Si j'avais été honnête, je vous aurais dénoncé à M. le comte! Est-ce ça que vous regrettez? Est-ce ça que vous voulez? Prenez garde de me pousser à bout!
M. BOISSEC.
Serpent! vipère! tu oses menacer ton bienfaiteur?
JEANNOT.
Vous, mon bienfaiteur! Vous êtes mon corrupteur, mon mauvais génie, mon ennemi le plus cruel, le plus acharné!
M. BOISSEC.
Attends, gredin, je vais te faire comprendre ce que je suis. Auguste! Félix! par ici. Mettez à la porte ce drôle, ce voleur; jetez-lui ses effets, et ne le laissez jamais remettre les pieds à l'hôtel.»
Auguste et Félix n'eurent pas de peine à exécuter l'ordre de l'intendant, de l'homme de confiance de monsieur. Ils traînèrent Jeannot jusque dans la rue, et lui jetèrent ses effets, comme l'avait ordonné M. Boissec. Obligé de céder à la force, il ramassa ses effets épars et se trouva heureux de retrouver une bourse bien garnie dans la poche d'un de ses gilets; il prit un fiacre et se logea dans un hôtel. En attendant une place qui n'arriva pas, il mangea tout son argent, vendit ses effets, se trouva sans ressources, se réunit à une bande de vagabonds, se fit arrêter et mettre en prison; il en sortit plus corrompu qu'il n'y était entré, fut arrêté pour vol simple une première fois, et condamné à un an de prison; une seconde fois pour vol avec effraction et menaces, il fut condamné à dix ans de galères; il est au bagne maintenant; on parle de le transporter à Cayenne, à cause de son indocilité et de son humeur intraitable. Il est probable qu'il fera partie du prochain transport de galériens.
Et Simon?