Monsieur, je l'ai mené boire; il ne voulait pas sortir de l'abreuvoir; je l'ai tiré, puis je l'ai un peu fouetté; alors il a sauté et rué; alors j'ai fouetté plus fort pour le corriger; alors il s'est cabré; alors j'ai eu peur qu'il ne cassât la longe que je tenais, alors je l'ai fouetté sous le ventre; alors il a cassé la longe, comme je le craignais, et alors il est parti comme un enragé qu'il est.
KERSAC.
Petit gredin! petit drôle! Avise-toi de toucher mon cheval du fouet et je te donnerai une correction dont tu te souviendras longtemps. Si je n'avais le pied foulé, grâce à toi, animal, imbécile, je te donnerais une raclée qui te ferait danser jusqu'à demain. Va-t'en, et ne te présente plus devant moi, oiseau de malheur!»
Jeannot ne se le fit pas répéter; il avait hâte aussi d'échapper aux regards courroucés de Kersac, et ne quitta le coin le plus obscur de l'écurie que lorsque son ennemi eut lui-même disparu.
Jean avait appelé du monde pour aider Kersac à descendre du cheval; il était grand et fort, on eut de la peine à y arriver et à l'établir dans une chambre du rez-de-chaussée qui se trouvait heureusement libre.
Quand il y fut installé, Jean s'assit sur une chaise.
KERSAC.
Eh bien? que fais-tu, mon ami? Tu ne vas pas rester là, je pense?
JEAN.
Pardon, monsieur; à moins que vous ne me chassiez, je resterai près de vous pour vous servir, jusqu'à ce que vous soyez en état de monter en carriole pour retournez chez vous.