KERSAC.

Mais, mon ami, tu vas t'ennuyer comme un mort. Rester là, à quoi faire?

JEAN.

A vous servir, monsieur. Les gens de l'auberge sont bien assez occupés, ils vous négligeraient, non par mauvaise volonté, mais parce qu'ils ne pourraient pas faire autrement; et c'est triste d'être hors de chez soi sans pouvoir mettre un pied l'un devant l'autre, et personne pour vous donner ce qui vous manque et pour vous aider à passer le temps.

KERSAC.

Et ton voyage à Paris? et ton frère Simon?

JEAN.

Mon voyage durera quelques jours de plus, monsieur, voilà tout. Et mon frère sait bien que lorsqu'on fait la route à pied, on n'arrive pas à jour fixe; il nous attend à un mois près. Et ainsi, monsieur, si je ne vous suis pas désagréable, si vous voulez bien accepter mes services, je serai bien heureux de vous être utile.

KERSAC.

Quant à m'être désagréable, mon ami, tu m'es, au contraire, fort agréable; j'accepte tes services et je t'en remercie d'avance. Et je commence par te demander un verre d'eau, car je meurs de soif.»