XIX

Mystères.

Le lendemain, le notaire, que le général avait mandé la veille par un exprès pour une affaire importante, arriva de bonne heure. Le général s'enferma avec lui pendant longtemps; ils sortirent de cette conférence satisfaits tous les deux et riant à qui mieux mieux. Le général ne dit mot à personne de ce qui s'était passé entre eux, et, quand le notaire partit, il mit le doigt sur sa bouche pour lui recommander le silence, et lui fit promettre de revenir bien exactement pour le contrat de mariage d'Elfy, la veille de la noce:

«N'oubliez pas, mon très cher, que vous êtes de la noce, du dîner surtout, dîner de chez Chevet. Ne vous inquiétez pas de votre coucher; c'est moi qui loge.»

—Mais, général, lui dit tout bas Mme Blidot, nous n'avons pas de place.

—Ta, ta, ta, j'aurai de la place, moi; c'est moi qui loge, ce n'est pas vous. Soyez tranquille, ne vous inquiétez de rien; nous ne dérangerons rien chez vous.

Le notaire salua et partit. Le général se frottait les mains comme d'habitude et souriait d'un air malin. Il s'approcha d'une fenêtre donnant sur le jardin.

«C'est joli ces prés qui bordent votre jardin! Et le petit bois qui est à droite, et la rivière qui coule au milieu. Ce serait bien commode d'avoir tout cela. Quel dommage que ce ne soit pas à vendre!»

Mme Blidot et Elfy ne répondirent pas. C'était à vendre; le malin général le savait bien depuis une heure; il savait aussi que les soeurs n'avaient pas les fonds nécessaires pour l'acheter. Il eût fallu avoir vingt-cinq mille francs; et elles n'en avaient que trois mille.

«C'est dommage, répéta le général. Quel joli petit bien cela vous ferait! Et, si un étranger l'achète, il peut bâtir au bout de votre jardin, vous empêcher d'avoir de l'eau à la rivière, vous ennuyer de mille manières. N'est-ce pas vrai ce que je dis, Moutier?