PAUL.—Maman, j'ai faim; je voudrais dîner.
MOUTIER, se levant.—C'est moi qui vous ai mis en retard, qui ai mis le désordre dans votre service. Mam'selle Elfy, me voici prêt à vous servir; j'attends les Ordres.
ELFY.—Je n'ai pas d'ordre à vous donner, monsieur Moutier; laissez-vous servir par nous, c'est tout ce que je vous demande; Jacques, mets vite le couvert de ton ami. Jacques ne se le fit pas dire deux fois; en trois minutes le couvert fut mis. Pendant ce temps, Moutier coupa du pain, tira du cidre à la cave, versa la soupe dans la soupière et le ragoût de viande dans un plat. On se mit à table. Jacques demanda à se mettre à côté de M. Moutier, Paul prit sa place accoutumée près de son frère. «Comme te voilà grandi, mon ami! dit Moutier en passant amicalement la main sur la tête de Jacques. Et Paul! le voilà grand comme tu l'étais la première fois que je t'ai vu.»
ELFY.—Et il est aussi sage que Jacques, ce qui n'est pas peu dire. Il lit déjà couramment, et il commence à écrire.
MOUTIER.—Et toi, Jacques? Où en es-tu de tes études.
JACQUES.—Oh! moi, je suis plus vieux que Paul. je dois savoir plus que lui. Je vous ferai voir mes cahiers.
MOUTIER.—Ho! ho, mes cahiers! Tu es donc bien savant?
JACQUES.—Je fais de mon mieux; le maître d'école dit que je fais bien; je tâche toujours.
MOUTIER.—Bon garçon, va! Tu es modeste, je vois Ça...
PAUL.—Monsieur Moutier, est-ce que vous êtes toujours Soldat?