«Monsieur Moutier, où êtes-vous? Où est Jacques? Que vous est-il arrivé? On vient à votre aide!»

Elle ne tarda pas à entrer dans la pièce où étaient étendus l'aubergiste garrotté, le frère ne donnant aucun signe de vie, la femme évanouie. Moutier jetait de l'eau sur le visage saignant de l'étranger, qui était resté par terre; il ignorait s'il n'y avait aucune blessure grave et si le sang dont il avait le visage inondé provenait d'une blessure ou d'un fort saignement de nez. A la voix d'Elfy, il se releva, et, allant à elle:

«Ma bonne, ma chère Elfy, je suis désolé de vous voir ici; n'y restez pas, je vous prie. Envoyez-moi du monde. Pourquoi êtes-vous venue?»

ELFY.—J'avais entendu le coup de pistolet et votre voix: je craignais qu'il ne vous fût arrivé malheur, et je suis accourue. Ils sont là dans la salle une douzaine d'hommes, mais ils n'osent pas entrer; alors je suis venue.

—Sans avoir égard au danger! Je n'oublierai pas cela, Elfy! dit Moutier lui serrant affectueusement les mains. Non jamais!... Mais, puisque vous voilà, appelez-moi du monde; il faut soigner ces gueux-là, aller chercher les gendarmes et tirer ce pauvre monsieur qu'ils ont voulu tuer pour le voler sans doute. J'avais renvoyé Jacques près de vous avant d'entrer.

Elfy, sans faire de questions, retourna à la salle, dit brièvement aux hommes ce que Moutier leur demandait, et retourna en toute hâte à l'Ange-Gardien pour rassurer sa soeur qui était restée avec Paul. Elfy rencontra à la porte de l'auberge de Bournier le petit Jacques qui accourait aussi tout effrayé; il avait entendu le coup de pistolet, et il se dépêchait d'arriver au secours de son ami. Il avait été retardé par le chemin plus long qu'il avait dû prendre pour revenir au village. Elfy lui expliqua en peu de mots ce qui venait d'arriver, et le ramena avec elle, pensant qu'il gênerait Moutier plus qu'il ne lui servirait.

Les hommes qu'Elfy avait trouvés tremblants dans la salle de l'auberge déployèrent un courage héroïque aussitôt qu'ils eurent appris par Elfy où en étaient les choses et le genre de secours que leur demandait Moutier. Ils se lancèrent bruyamment dans la chambre où gisaient les blessés, et s'empressèrent d'offrir au vainqueur l'aide de leurs bras pour terrasser ses ennemis.

MOUTIER.—Quant à cela, Messieurs, je ne vous ai pas laissé d'ouvrage, les voilà tous par terre; mais il faut que vous m'aidiez à les loger, aux frais de l'État, dans la prison de la ville la plus proche. Je ne suis ici qu'en passant; je n'y connais personne. Et puis vous voudrez bien, quelques-uns de vous, m'aider à transporter le pauvre étranger qu'ils ont voulu égorger et qui n'a pas encore repris connaissance; pour celui-là, c'est un médecin qu'il faut et de bons soins.

Les vaillants habitants se mirent à la disposition de Moutier, dont l'habit militaire, la croix et les galons de sergent les disposaient au respect. Il en dépêcha deux à la ville pour requérir les gendarmes; il donna à quatre autres la garde des malfaiteurs, avec injonction de garrotter la femme et son frère. Il en envoya un demander à Mme Blidot si elle pouvait recevoir l'étranger, et il garda les autres pour l'aider à faire revenir le blessé et pour aller délivrer Torchonnet, dont il indiqua la prison. Mme Blidot ne fit pas attendre la réponse.

«Tout ce que vous voudrez et quand vous voudrez, vous fait dire Mme Blidot, monsieur le sergent. Tout sera prêt pour recevoir votre monsieur.»