LE GÉNÉRAL.—Non, vrai, c'est Moutier; c'est son présent de noces.

JACQUES.—Mais quand donc les a-t-il achetées? Et avec quoi? il disait tantôt qu'il était pauvre, qu'il n'avait pas d'argent.

LE GÉNÉRAL.—Précisément! Il n'a pas d'argent parce qu'il a tout dépensé.

JACQUES.—Mais pourquoi a-t-il dépensé tout son argent en présents de noces, puisqu'il ne voulait pas se marier, et que, sans vous, il ne se serait pas marié?

LE GÉNÉRAL.—Précisément! C'est pour cela. Et quand je te dis quelque chose, c'est très impoli de ne pas me croire.

JACQUES.—Oui, mon bon général, mais quand vous nous donnez quelque chose, et de si belles choses, nous serions bien ingrats de ne pas vous remercier.

LE GÉNÉRAL.—Petit insolent! Puisque je te dis...

Il ne put continuer parce que Jacques et Paul se saisirent chacun d'une de ses mains qu'ils baisaient et qu'ils ne voulaient pas lâcher, malgré les évolutions du général qui tirait à droite, à gauche, en avant, en arrière: il commençait à se fâcher, à jurer, à menacer d'appeler au secours et de les faire mettre à la salle de police. Il parvint enfin à se dégager et rentra tout rouge et tout suant dans la salle où se trouvaient Moutier, Elfy et sa soeur.

«Moutier, dit-il d'une voix formidable, entrez chez moi; j'ai à vous parler!»

Moutier le regarda avec surprise; sa voix indiquait la colère, et, au lieu de rentrer chez lui, il se promenait en long et en large, les mains derrière le dos, soufflant et s'essuyant le front.